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10/01/2013

Béziers : Les résultats commerciaux ne font pas de cinéma

Le Midi libre vient de publier un article sur les résultats des deux multiplexes cinématographiques de l’agglomération de Béziers . Le premier et le plus ancien , le méga CGR , implanté à Villeneuve les Béziers dont les parts de marché sur le Biterrois se situent autour de 70% , le second et le plus récent , le multiplexe Monciné, situé au polygone à Béziers .Hormis les considérations spécifiques relatives au secteur d'activité et à la conjoncture sectorielle , cet article comparatif appelle une analyse locale argumentée qui dépasse toutes considérations partisanes, notamment sur le nouvel espace commercial polygone ouvert en septembre 2010 .

En effet, selon les chiffres avancés, après deux exercices ciné.jpegpleins, le multiplexe du polygone est loin du seuil de rentabilité qui nécessiterait encore une progression de plus de 35 % . C'est pourquoi la direction Nationale de Monciné qui considère que "Les Biterrois mettent plus de temps que prévu à s’approprier les lieux." n’envisage pas l'équilibre avant quatre ou cinq ans d'exploitation au lieu des trois initialement prévus. Elle met par contre en avant la création d'un nouveau public estimé à 7 ou 8% . Effectivement Il existe peut être un nouveau public mais il est aussi possible de considérer comme le directeur du CGR de Villeneuve les Béziers que la concurrence "n’a pas créé de nouveaux spectateurs, mais multiplié les possibilités de voir des films à des séances différentes". C'est à dire en termes clairs que l'offre s'est diversifiée mais que le gâteau n'a pas grossi .

Sans généralisation systématique, ce précepte pourrait s'étendre aux autres activités . A Béziers, Il parait évident que la multiplication de l'offre commerciale de proximité sur des segments de même nature n'a pas induit un développement de la clientèle . D'ailleurs comment en aurait-il pu en  être autrement sauf à devenir la Silicon vallée du commerce de détail. Si la concurrence est un facteur d'émulation et de structuration de l'offre la « sur-concurrence organisée » conduit à un déséquilibre structurel . Ce pour autant qu'en réalité la stratégie des décideurs locaux actuels a été construite sur des considérations immobilières et non au service d'une véritable politique économique génératrice d'activité et d'emploi.

Trois erreurs stratégiques majeures ont été commises . La première consiste à croire que la création ex nihilo d'un nouveau complexe commercial est en capacité de générer seule une nouvelle clientèle et de nouveaux achats sans une véritable approche marketing cohérente intégrée à une stratégie et une dynamique globale . Pas de nouveau marché, pas de nouvelle clientèle , pas de nouveau magasin. La seconde a été de positionner le nouveau complexe commercial sur le même segment et le même principe que la majorité des centres commerciaux de ce type que l'on trouve en France et partout en Europe. C'est à dire un espace commercial composé d’enseignes franchisées de gamme moyenne qui sont globalement les mêmes à Paris, Madrid, ou Marrakech . Pourquoi le narbonnais préférait-il acheter au Polygone plutôt que de faire quelques kilomètres de plus vers Perpignan , l'espace commercial frontalier Perthus / la Junquera ou même de pousser un peu plus loin vers Las Rocas , le village des marques ? Enfin la troisième et la plus douloureuse a été de sacrifier le centre ville sur l'autel de l’incohérence et de la spéculation.

Aujourd'hui la situation n'est satisfaisante ni pour les uns ni pour les autres et encore moins pour les habitants du Biterrois . Le centre ville agonise et le crie , pour l’instant coté Polygone c'est silence radio et « tout va très bien Madame la marquise » . Sauf que l'on pressent bien que la situation n'est pas simple . D'ailleurs autant couper court d'emblée à tous ceux qui considèrent qu'avoir une autre analyse qu'eux c'est dénigrer .Il convient d’affirmer si cela était nécessaire que la structuration, la réussite économique de tous les espaces commerciaux Polygone, centre ville et autres sont des enjeux d'intérêt général . C'est bien pour cela qu'il faut s'en saisir et envisager d'autres alternatives ce pour autant que l'agglomération de Béziers et la Ville sont largement impliquées financièrement que ce soit par des financements directs , contribution indirectes et cautionnement.

Il y a erreur sur la méthode et sur le fond. Des coquilles vides n'ont jamais fait un œuf même si la poule se plaît à chanter . Le développement de Béziers et du Bitterois est lié à l'affirmation et la réappropriation de son identité et non à des « copié collés » de ce qui existe par ci par la , de ce qui est à la mode ou qui fait moderne. Pour prendre l'exemple au combien sensible de Montpellier , Georges Frêche et ses équipes ont construit le développement de la ville sur une identité forte et l'innovation . Montpellier n'est pas devenue une ville universitaire , ses universités étaient déjà renommées au moyen âge . Elle s'est par contre organisée politiquement, structurellement et dans l'espace pour le révéler à nouveau au Monde . Béziers ville de talents, de terroirs , de savoir faire, de richesse humaine, territoire d'alliance entre mer, vignoble et cultures a tous les atouts pour réussir pour autant qu'elle fasse la paix avec elle même, qu'elle se reconnaisse pour ses qualités, qu'elle s'appuie sur ce qu'elle est .

Alors pour revenir à la métaphore cinématographique, quand le film devient pénible du fait des réalisateurs autant réécrire le scénario, autant changer l'équipe de tournage, autant renvoyer les acteurs fatigués à leurs pénates, autant laisser de coté les séries B pour s'engager dans une version tout en couleur ou alors un de ces noir et blanc choisi qui constitue un parti pris artistique . Dans les multiplexes démocratiques chaque citoyen dispose d'un ticket d'entrée soit pour un remake soit pour un retour au box office. 

Article du Midi Libre du 10/01/2012 : "2012 année en dents de scie pour les cinémas Biterrois"


Commentaires

Tres bon nouvel article! pour étayer, le PLU indique que la surface commerciale à Béziers est de 110 000 m² contre 120 000 à Montpellier. Le seul problème c'est que la population est trois fois moindre...

Écrit par : nicolas | 10/01/2013

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