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13/07/2012

Prime à la casse chez PSA

L’annonce de la suppression de 8000 postes chez PSA casse.jpegvient de tomber comme un coup de tonnerre dans une ambiance économique déjà morose. C'est aussi un véritable coup de jarnac de la part de la direction de PSA qui acoquinée avec le précédant gouvernement UMP s'est bien gardée de diffuser cette information avant les élections.

Enfin c'est surtout une calamité pour tous les employés et leurs familles qui entrent contraints et forcés dans la spirale infernale de l'angoisse mais aussi avec raison dans celle de de la colère. Et il y a de quoi être en colère quand on a donné toute sa force et son énergie pour des clopinettes et qu'on s’aperçoit qu'on est une variable d'ajustement qui n’est pas traitée avec le respect du à tout être humain.

Il ne faut quand même pas se moquer du monde, les résultats financiers de PSA ont effectivement fondus de 48% en 2011 après dopage de prime à la casse mais ils sont encore de 588 millions d'euros sachant que le chiffre d’affaires du groupe a progressé de 56,1 à 59,9 milliards d'euros soit une hausse de 6,7%. Effectivement la division automobile est déficitaire mais dans une situation globale excédentaire il y a moyen de redéployer ou d'adopter d'autres stratégies sans systématiquement casser de l'humain . Surtout quand dans le même temps le pauvre Philippe Varin, PDG de PSA, qui a parait-il a baissé sa rémunération de 60% s’est encore octroyé une rémunération de 1 302 700 € en 2011 . Ce sachant qu'il avait perçu 3 253 700 € en 2010 soit une petite progression de +318,3% par rapport à 2009, année de sa prise de poste , c'est à dire le salaire annuel de 190 salariés rémunérés au smic. Comme quoi tout le monde est dans le même bateau mais pas dans la même galère.

Les difficultés du secteur automobile français dans un environnement concurrentiel ne sont pas nouvelles . Encore faudrait-il se poser les bonnes questions . La fameuse prime à la casse mise en place par le gouvernement précédent qui se targuait d'être au top des questions économiques a été d'un archaïsme et d'une inefficacité redoutable. A l’instar du syndrome de la béquille sur une jambe de bois l'injection de plus d'un milliard de fonds publics n’a eu qu'un effet retardateur face à une explosion prévisible même si dans le même temps d'autres pays européens comme la Grande Bretagne, l'Allemagne ou l’Italie mettaient en place des mesures similaires. D'abord parce que dans un marché ouvert il n'est pas possible de cibler les aides, donc les subventions ont bénéficié à toutes les marques proportionnellement aux parts de marchés qu'elles détenaient déjà . Puis parce que pour les marques françaises la prime à la casse a surtout permis une progression des ventes des petits modèles paradoxalement construits sur les sites de production des pays de l'Est et du Maghreb, ce qui a engendré une forme de « prime d'état à la délocalisation » Enfin parce qu'elle a constitué un effet d'aubaine qui n'a fait qu'avancer des ventes qui auraient de toute manière été réalisées . Ce qui fait qu'en réalité l'opération n'a permis que de reculer pour mieux sauter tout en favorisant au passage des effets pervers déstructurants.

En réalité des questions de fond se posent . Il y a en premier lieu une question de dynamique d'innovation technologique et de productivité .En effet on peut se demander à juste titre si tous les moyens nécessaires sont vraiment mis quand Peugeot envisage de réduire de 2400 salariés ses effectifs du secteur recherche et développement . croisière jaune.jpegCe dans une période de transition énergétique qui engage à de nouvelles solutions technologiques qui constitueront les avantages concurrentiels de demain. On est loin de la croisière jaune et des voitures emblématiques qui ont fait la gloire de la marque aux chevrons et de l'industrie française. Cette réflexion vaut aussi pour la recherche fondamentale publique sacrifiée par les gouvernements de droite plutot efficaces quand il s'agit d'externaliser l'intelligence .

Puis avant de se poser la question de subventionnement direct ou indirect de la production peut être serait-il utile de réfléchir un tant soit peu à la clientèle , ses besoins et ses capacités financières . C'est à dire aussi au pouvoir d'achat et aux salaires .Évidement que le salarié au SMIC aimerait bien s'acheter une voiture neuve plutôt que de garder sa vieille voiture pourrie qu'il a de plus en plus de mal à réparer car il y a de moins en moins de pièces à la casse.

ford T.JpegEn maintenant des politiques de bas salaires généralisées les entreprises se coupent mutuellement les branches sur lesquelles elles sont assises et s’enlisent dans un cercle vicieux . Il n'y avait pas vraiment pas lieu de subventionner les plus riches avec des boucliers fiscaux . Quoi qu'on en pense ce n'est pas les riches qui font marcher l'économie. Il y a bien longtemps que le processus est connu. Pour faire le lien avec le secteur automobile, Henri Ford qui n'était pas vraiment le précurseur du socialisme ni un grand philanthrope l'avait déjà bien compris ( lire La politique des prix et des salaires préconisée par Henry Ford ).

Le problème est donc à la fois immédiat , structurel et sur le long terme. Il est immédiat car c'est bien les 8000 salariés de Peugeot qui risquent de se retrouver aujourd'hui au chômage . Ce qui atteint des familles entières dans leurs moyens de subsistance mais qui aura aussi un coût social conséquent. Il est aussi a long terme car agir sur la production seule sans action sur le pouvoir d'achat et la croissance n'est pas pertinent. Dans tous les cas PSA qui a encaissé les divers financements publics que ce soit à travers les primes à la casse ou d'autres dispositifs ne peut pas jouer à ce jeu inadmissible qui consiste à faire payer l'addition aux salariés et aux caisses sociales. La notion de responsabilité sociale des entreprises n'est pas qu'un slogan publicitaire à la mode.

François Hollande et le gouvernement de Jean Marc Ayrault ont bien compris cette dimension complexe qui consiste a agir maintenant et pour demain . C''est pour cela que le Président de la République se bat au niveau européen pour défendre la croissance , c'est pour cela le gouvernement qui est actif et réactif a demandé une expertise et de revoir le plan qui a été présenté. Il n'y a aucune raison pour que l'industrie francaise qui bénéficie de savoir faire tecnologiques, de techniciens  formés , de prodduits de qualités, d'infrascructures, de réseaux  et d'une productivité reconue ne se place pas mieux à l'échelle internationale.

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