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30/05/2012

Salaires des dirigeants : ce plafond qui fait baisser les têtes pour la relever

François Hollande l'avait dit dans son programme présidentiel ,salaires dirigeants, plafond, François Hollande les salaires des dirigeants des entreprises publiques verront leurs salaires limités à 20 fois le salaire minimum pratiqué dans l'entreprise. Jean- Marc Ayrault vient donc d'annoncer les contours de cette mesure qui apparaît on ne peut plus logique , surtout en période de crise . Elle concernera non seulement les nouveaux contrats mais aussi la rémunération des dirigeants d'entreprises publiques actuellement en fonction. Les entreprises concernées sont celles dont l'état contrôle la majorité du capital comme la Poste, EDF, AREVA , la SNCF...


Cette mesure a une portée symbolique et d'exemplarité mais pas seulement . D'abord parce qu'il s'agit d'un acte de bonne gestion mais aussi car elle pose la question du système de rémunération en général et de l’indécence des salaires des dirigeants des grandes entreprises en particulier. Depuis un peu plus d'une vingtaine d'années une dérive sans précédant tends à une disparité de plus en plus extrême des rémunérations. Celle des « grands patrons » a notamment été placée sur orbite . Les rémunérations annuelles des PDG du CAC 40 , ont atteint en moyenne 2,4 millions d'euros en 2011 alors que le Smic net mensuel se situe à 1O97 euros nets . La rémunération des PDG des entreprises publiques est certes moindre mais se situe à un haut niveau. Le dirigeant D'EDF a par exemple gagné 1,5 millions d'Euros Brut en 2011. Avec la nouvelle mesure, compte tenu des salaires minimum des entreprises publiques, les rémunérations de leurs dirigeants devraient se situer entre 263 000 euros et 400 000 euros . Ce qui laisse encore de quoi vivre chichement .

Les mêmes qui crient au loup contre l’imposition des grandes fortunes s'en offusquent déjà. Après l'épouvantail de l'exode des riches, ils anticipent sur l'émigration des grands patrons et le désert économique qui s’en suivra. Or Il y a t-il un réel lien de cause à effet entre la rémunération exorbitante d'un dirigeant et la performance d'une entreprise  ? Dans les années passées on a vu nombre de dirigeants qui bénéficiaient de salaires astronomiques sans pour autant que les résultats soient au rendez vous .On en a vu d'autres qui loin de faire profil bas partaient avec des parachutes dorés en laissant des entreprises exsangues et la misère humaine des plans sociaux qui va avec . Dans ce schéma on est très proche du chasseur de primes et à mille lieues de l'entrepreneur qui investit sur ses deniers et se bat pour sauvegarder son entreprise et les emplois.

Puis quelle est cette ineptie qui tend à faire croire qu'il y aurait sur la planète un noyau de « Supermen. » inestimables dont on ne pourrait indéniablement pas se passer. En réalité il n'y a pas plus d'homme providentiel en politique qu'en matière économique ou que dans tout autre domaine. Icare lui même ne s'est-il pas brûlé les ailes ? Aussi évident que cela puisse paraître le PDG n'est pas la seule cheville ouvrière d'une organisation . La baisse des rémunérations des dirigeants des entreprises publiques créera un appel d'air .La diversité est souvent source de richesse. D'autres talents pourront se révéler en dehors d'un club très fermé qui défends ses privilèges. Pour l’instant, à l'instar des marchés ce qui est considéré comme très rare est trop cher, ce ne sera plus le cas ou alors des éléments vraiment objectifs et mesurables constitueront un socle. Il s'agit du premier étage de la fusée, l'exemple du public pourrait bien contaminer le privé . Ce pour autant qu’il est possible de modifier la gouvernance des entreprises et notamment les règles qui régissent les rapports de pouvoir et de contrôle dans les conseils d'administrations et les relations avec les organes représentatifs . Si les salariés ou même les actionnaires avaient un peu plus le droit de regard, nul doute que des contrats avec des parachutes grands comme des montgolfières seraient observés avec plus d'attention et que les traitements des grands patrons seraient plus réalistes. La maîtrise des salaires des dirigeants est une simple question de bon sens , d'intérêt collectif et aussi de rapport entre ce qu'il gagnent et ce qu'ils coûtent.

Peter Drucker, brillant théoricien du management , pas vraiment socialiste, considérait d'ailleurs à juste titre que les écarts de salaires disproportionnés étaient néfastes à la cohésion et la finalité d'une entreprise .Estimant que «  nous allons connaître une énorme gueule de bois » il dénonçait entre autres cette dérive et le culte de la personnalité dans un entretien de janvier 2000 ( lire l'entretien de Peter Drucker relaté dans Le Monde de janvier 2000 qui traite avec une grande clairvoyance de la gouvernance, du management ,d'une vision de l'entreprise et de sujets au cœur de l'actualité ). Comme quoi le problème et la tendance ne sont pas nouveaux . Sauf que chemin faisant aucun gouvernement de droite ne s'est attaqué au problème , bien au contraire. Aujourd'hui après avoir baissé leur salaire de 30% Le président de la République , Jean-Marc Ayrault et tous les membres du gouvernement s'y emploient.

Certains diront que cette mesure est peu de chose compte tenu des inégalités et de l'ampleur de la crise. C'est vrai mais il faut bien commencer . La méthode qui consiste à saisir le bon fil pour dérouler une pelote de laine est sans doute la plus pertinente sur le long terme . D'ailleurs de fil en aiguille peut être verra t-on certains PDG se découvrir une fibre plus sociale et s'intéresser à la base sachant qu'une petite augmentation de 100 € mensuel du salaire minimum pourrait leur rapporter 24 000 € annuel. A l'adage « charité bien ordonnée commence par soit même» ajoutons désormais «  plus d'équité permets de relever la tête ».

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