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28/08/2008

Bateau ivre à la dérive financière

S’il fallait encore le démontrer … CQFD le capitalisme débridé est vraiment un système incohérent qui ne peut conduire qu’à de gigantesques crises mondiales dont la périodicité est aussi cyclique  que l’éruption d’un volcan actif en sommeil . Monopoly-tycoon-cover.jpgPlus le capitalisme se complexifie et se dématérialise ,plus des gens sensés être très intelligents qui font de hautes études inventent des équations dont l’irrationalité  n’a d’égal que l’équation originelle  de l’usine à gaz , plus le système auto alimenté par lui même s’emballe . Donc puisqu’ en ce moment le monde fait face à une nouvelle crise majeure d’un capitalisme internationalisé , puisque le capitalisme touche encore le fond  , il est temps de se poser des questions de fond.

La crise du capitalisme n’est pas un fait nouveau,  elle s’inscrit dans l’histoire. Ses causes  découlent de  facteurs structurels prévisibles récurrents et non de facteurs conjoncturels. La crise de 1929 dont l’épicentre était déjà les états unis avait  déjà  produit un chaos sans précédent  qui a  entrainé des faillites en chaine et la misère ( Voir Emission INA : 1929  ). La  grande dépression américaine eu des effets désastreux en Europe mais sans aucune mesure avec ceux que l’on peut imaginer dans un contexte actuel  d’économie mondialisée. Malgré ce, c’est quand même sur ce fond de crise , avec plus de 25% de chômage qu’ Hitler arriva au pouvoir en Allemagne en 1933,ce qui  engage à se rappeler des conséquences de crise économiques à cette échelle. Après quoi depuis la fin de la seconde guerre mondiale et les accords de Brettons Woods en 1944,  même si des mécanismes internationaux ont été mis en place,  puis évolué au fil de crises et d'alliances, le spectre d’une crise économique majeure a toujours existé  sauf pour une cohorte d’insouciants  toujours plus avides de profits à courts termes.

Si la crise de 1929 fut qualifiée de crise de liquidité il est possible de qualifier celle de juste avant 2009, c’est à dire aujourd’hui,  de crise de cupidité ou alors de stupidité. Le fait générateur est une bande de rapaces institutionnels plus avides les uns que les autres et interdépendants qui ont spéculé sur des emprunts immobiliers à risque  sur le territoire américain en consentant des prêts hasardeux et  disproportionnés sans réelles garanties  de solvabilité. 200px-Lange-MigrantMother02.jpgFidèles adeptes d’un modèle mathématique très philanthropique ils ont appliqué des préceptes qui consistent à "ne pas mettre ses œufs dans le même panier" ou  à "se défausser de ses risques sur  les copains". Ces créances douteuses se donc transmises comme la vérole et ont été disséminées  dans des titres et des placements  sensés minimiser les risques . Ces beaux placements bénéficiaient d’ailleurs jusqu’il y a peu de temps de  bonnes appréciation de très sérieux organismes de cotation. Sauf que c’est un peu comme si on plaçait un cobra dans un panier d’anguilles en pensant qu’il sera inoffensif. Au bout d’un moment quelqu’un met la main dans la corbeille et se fait mordre. Puis comme tout le monde mange dans la  même gamelle  c’est la débâcle générale. En réalité  ces braves financiers et tous les courtiers s’en sont mis plein les poches tant que l’immobilier  constituait une valeur stable voire montante. Ce sachant que parallèlement par un système pervers d'hypothèques nombre d’ américains se  sont sur endettés joyeusement en fonction de l’évolution de la valeur théorique de leur bien immobilier lui même financé par un crédit en cours. Le système était huilé car si le malheureux  emprunteur ne pouvait plus payer la banque se garantissait illico sur sa maison quitte à laisser le quidam et sa famille à la rue.

Alors quand le secteur immobilier s’est effondré justement à caula%20laitiere%20et%20le%20pot%20au%20lait.jpgse de l’affluence sur le marché des biens saisis aux  ménages insolvables, la grande cavalerie a sonné le toxin pour un système  qui ne pouvait que s’effondrer comme un château de carte. Sauf que tous ces virtuoses du capitalisme qui ont perdu des sommes colossales n’ont pas joué qu’avec avec leur argent. Ils sont donc aujourd’hui eux même dans une situation  d’insolvabilité. C’est pourquoi aujourd’hui aux états unis se tient dans l’urgence une réunion au sommet du congrès dont l’enjeu est de débloquer 700 milliards de dollars pour sauver le système bancaire américain. L’enjeu est de taille puisque si l’état américain n’est pas en capacité de renflouer son système bancaire il s’en suivra un bing bang économique mondial . Cela revient toutefois clairement à faire payer l’ardoise des spéculateurs par les contribuables .

Penser que la France sera épargnée par cette crise est illusoire .

Sur le sujet Nicolas Sarkozy tel l’hôpital qui se moque de la charité s’est d’ailleurs prononcé pour un capitalisme  régulé, ce qui est à mourir de rire ou à s’étouffer selon l’humeur du moment ( lire le communiqué de Michel Sapin : Sarkozy face à la crise  un gouffre entre le discours et les faits). Très bon copain des patrons du cac 40 et des manias des médias il voudrait nous faire croire qu’il y a un bon et un mauvais capitalisme.

Le mauvais capitalisme étant un capitalisme financiarisé et le bon celui des grands  patrons de ses amis. Or il n’y a bel et bien qu’un capitalisme car les grandes entreprises elles même financiarisées ne sont qu’un produit de placement comme un autre que les fonds d’investissement vident de leur substance au grès des marchés . Il s’en suit donc une obligation de rentabilité financière ou la mort. Sur le fond le capitalisme est bel et bien un chancre . A l’horizon de l’épuisement des énergies fossiles, dans un schéma bien réel de dérégulation de la vie sur la planète à cause d’activités humaines insensées  , l’accumulation de richesses et la consommation effrénée qui sont les deux piliers du capitalisme apparaissent comme des  conceptions meurtrières.

Il n’est nullement question de relancer le débat bi polaire entre défenseurs du capitalisme et marxistes. On peut tout à fait considérer que le  capitalisme est un système dangereux dépassé pour les raisons évoquées et être favorable à une économie de marché régulée respectueuse de l’intérêt général et de l’environnement. C’est ce concept de développement durable qui s’articule sur le triptyque  économie de marché régulée , justice sociale et respect  de l’environnement qui constitue l’enjeu du 21ème siècle .

Patrick MARABEUF

 

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